Paris ni l’État n’ayant les moyens de
construire ou adapter un site pour
les Jeux Olympiques, ce fut la proposition
du Racing de les organiser dans et autour
de son stade de Colombes qui permit de
sauver les bien mal partis « Jeux de la VIIIe
olympiade ».
Ce sont à la fois les derniers Jeux première manière et les premiers Jeux nouvelle manière tels que nous en avons désormais l’habitude. Première manière : le baron Pierre de Coubertin est encore là et préside la cérémonie de clôture avant de quitter ses fonctions au CIO qu’il a fondé 30 ans auparavant. Nouvelle manière : les premiers Jeux d’été après les premiers Jeux d’hiver à Chamonix l’hiver précédent, le premier village olympique, les premières retransmissions radio en direct (y-compris depuis un ballon qui survole le site) avec environ un millier de journalistes pour suivre les évènements.
Première ou nouvelle manière, les choses avaient en tout cas mal commencé. D’abord pour la candidature parisienne que Coubertin avait eu un peu de mal en 1921 à faire avaler à ses confrères du CIO qui se souvenaient du ratage de 1900 et trouvaient peut-être que l’on pouvait tenter de panser les plaies de la Guerre en organisant les Jeux en terrain neutre (à Amsterdam) ou très loin des champs de ruine européens (à Los Angeles) et non dans la capitale d’un pays vainqueur. Mauvais départ ensuite pour le financement : l’État et la ville de Paris reviennent rapidement sur leurs fastueuses promesses initiales et l’on songe même début 1922 à confier l’organisation à Lyon qui avait candidaté l’année précédente.
C’est finalement du côté du concours d’architectes que vint la solution. Le lauréat Louis Faure-Dujarric, ancien rugbyman et membre actif du Racing Club de France, œuvre à une proposition (faite le 10 avril, acceptée le 12) qui met tout le monde d’accord : le Racing organiserait l’essentiel des Jeux chez lui à Colombes, en échange de la moitié des recettes de billetterie (avec plancher garanti à 3 millions de francs). Ce qui permettait à l’État de ne débourser que 6 millions de francs (au lieu des 30 promis), Paris 1 million (au lieu de 10) et au Racing de reconstruire complètement son stade dont la tribune était encore celle du champ de courses inauguré ici en 1883. Le contrat signé en juillet 1922, les travaux commencent dès la fin de l’année et début mai 1924, tout est prêt pour les premières épreuves qui débutent paradoxalement (pour cette enceinte qui sera tant marquée par ce sport) par le dernier tournoi olympique de rugby. Suivent le football, l’escrime et, juste avant l’athlétisme, tout le monde est convoqué pour la cérémonie d’ouverture le samedi 5 juillet, dont les compte-rendus de presse montrent que l’on n’est pas encore sorti mentalement des années de guerre.
Au fait des hiérarchies sportives du moment, L’Auto se demande si, « dans ce grandiose tournoi olympique qui revêt, pour les premières places du moins, l’apparence d’un formidable match États-Unis-Scandinavie », la France pourra jouer « un rôle de premier plan » alors que, « épuisée par la guerre, notre nation n’a pu encore reconstituer complètement son cheptel humain ». Pour Le Matin, moins intéressé par l’aspect sportif, les athlètes « réunis dans ce magnifique stade de Colombes » sont venus « apporter leur gratitude, leur reconnaissance à la France », une France qui s’est « mise en quatre pour les satisfaire et qui, malgré de terribles difficultés financières », a fait « un héroïque effort pour offrir à ses hôtes une organisation qu’elle s’est complu à rendre modèle. La France … Paris … Mots magiques qui évoquent toujours parmi ces milliers d’athlètes la défense du droit, l’opiniâtreté dans l’adversité, l’héroïsme dans la mort, la victoire par l’intelligence, la grandeur d’âme dans le pardon ». Un pardon qui ne s’étend pas jusqu’à l’Allemagne, pas invitée sous prétexte que la sécurité de ses athlètes ne pourrait être assurée.